Pourquoi j'ai acheté mon premier gode (témoignage anonyme)
Je ne me souviens plus exactement du jour où j'ai commencé à me poser la question.
Je me souviens que c'était un soir, comme beaucoup d'autres. J'étais dans mon canapé, à scroller sans but sur mon téléphone. Et puis un article est apparu. Un article sur la prostate. Sur le soi-disant "point P". Sur la façon dont des millions d'hommes - y compris des hommes hétérosexuels - exploraient cette zone et en retiraient un plaisir qu'ils n'avaient jamais connu.
J'ai cliqué. J'ai lu. J'ai refermé. J'ai rouvert.
Et puis j'ai fait ce que beaucoup d'hommes font avant d'acheter leur premier gode : je suis entré dans un tunnel de questions existentielles.
Est-ce que c'est "normal" ? Est-ce que ça me rend "moins homme" ? Est-ce que je suis en train de franchir une ligne que je ne devrais pas franchir ?
Ce témoignage, c'est l'histoire de ce tunnel. Et de ce qu'il y a à la sortie.
Le poids des mots
Je vais être honnête : avant de commencer à me renseigner, je pensais que les godes étaient "pour les autres". Pour les femmes. Pour les hommes homosexuels. Pour les gens qui n'avaient pas de partenaire. Pas pour un mec comme moi, avec une vie hétéro classique, des potes, des bières, et une relation stable.
Le plus dur, ce n'était pas l'acte en lui-même. C'était les mots qui venaient avec. Les mots qu'on entend. Ceux qu'on se dit. "Mec, tu vas te mettre un truc dans le cul ?"
Je ne vais pas mentir : pendant des semaines, cette question m'a paralysé.
Mais en même temps, la curiosité ne disparaissait pas. Elle revenait, comme une petite voix qui disait : "Et si ?"
Et puis j'ai lu un témoignage, quelque part sur un forum. Un mec comme moi, qui disait : "J'ai essayé une fois, et c'était la première fois que je comprenais ce qu'on entendait par 'orgasme profond'."
Alors j'ai commencé à chercher sérieusement.

Le tunnel de la recherche
J'ai passé des heures à lire des articles. À comparer des marques. À regarder des avis.
Je voulais comprendre : c'est quoi, la bonne taille pour un débutant ? La prostate, c'est vraiment à 4-5 cm de l'entrée ? Est-ce que je peux utiliser le même gode que pour une femme ?
Je ne m'étais jamais posé ces questions avant. Jamais. Pourquoi l'aurais-je fait ? Dans la vie d'un mec hétéro, personne ne te parle de ça. Pas les potes. Pas les parents. Pas les cours d'éducation sexuelle au collège.
Mais j'ai appris.
J'ai appris que la prostate est une glande de la taille d'une noix, située sous la vessie. Que les hommes hétérosexuels sont des millions à explorer cette zone. Que ce n'est ni "gay" ni "étrange" - c'est juste une question d'anatomie.
Et plus je lisais, plus je réalisais que je n'étais pas seul. Des forums entiers étaient remplis de questions similaires aux miennes. Des mecs qui se demandaient si c'était "normal". Si c'était "pour les autres". Si c'était un signe que quelque chose n'allait pas.
La réponse que j'ai trouvée était simple mais libératrice : un gode, ce n'est pas un signe de quoi que ce soit. C'est un signe de curiosité.
La valse du panier
J'ai mis un gode dans mon panier.
Je l'ai enlevé.
Je l'ai remis.
Je l'ai enlevé.
Cette valse a duré plusieurs semaines. Des semaines à me demander : "Est-ce que je vais vraiment faire ça ?"
Ce qui me retenait ? Pas le prix. Pas la peur du produit. C'était la peur du jugement. Le jugement des autres, bien sûr - "qu'est-ce que mes potes diraient s'ils savaient ?" - mais surtout mon propre jugement. "Est-ce que je suis vraiment le genre de mec qui achète ça ?"
Un jour, une phrase a tout changé. Je l'ai lue dans un article sur la sexualité masculine : "La prostate, ce n'est pas une question d'orientation sexuelle. C'est une question d'anatomie. Elle est là, elle fonctionne, elle peut procurer du plaisir. Pourquoi vous en priveriez-vous ?"
Je ne sais pas qui l'a écrite. Mais elle m'a fait cliquer sur "valider la commande".
"J'ai acheté mon premier gode non pas parce que je cherchais à 'devenir' quelqu'un d'autre. Mais parce que je voulais découvrir une partie de moi que j'avais toujours ignorée."
Le colis est arrivé

Le jour où le colis est arrivé, j'étais nerveux. Pas du genre "excitation". Du genre "je le fais en cachette".
Le carton était neutre. Pas de logo, pas de mention du contenu. Le nom de l'expéditeur était un nom d'entreprise lambda. Personne ne pouvait savoir.
J'ai ouvert le carton. À l'intérieur, une boîte sobre, élégante. Pas de photos explicites. Juste un objet en silicone, simple, qui ne ressemblait à rien de ce que j'imaginais.
Mon premier réflexe a été de me dire : "C'est plus petit que ce que je pensais." Mon deuxième : "C'est aussi plus doux."
Et là, j'ai eu une pensée surprenante : "C'est à moi. Je l'ai fait."
Je ne savais pas encore si j'allais l'utiliser. Mais je savais que j'avais franchi une étape.
La première fois
La première fois, j'ai été maladroit. Le lubrifiant coulait partout, l'angle ne semblait jamais le bon, et je me sentais ridicule. Je me disais : "Mais pourquoi je fais ça ?"
Je me suis arrêté. J'ai pris une grande respiration. J'ai relu quelques conseils que j'avais notés.
"Va-y doucement. Arrête-toi quand tu sens une résistance. Utilise plus de lubrifiant que tu ne le penses nécessaire."
J'ai repris, plus lentement, comme on apprend un nouveau geste.
Et là, sans bruit, sans fanfare, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais ressenti auparavant. Pas un orgasme. Pas encore. Mais une sensation nouvelle. Profonde. Différente.
Pour la première fois, je comprenais ce que les articles voulaient dire par "orgasme prostatique".
Ce n'est pas un orgasme "meilleur" que les autres. C'est un orgasme différent. Plus profond. Comme s'il montait de l'intérieur, plutôt que de l'extérieur. Il parcourt le corps entier au lieu de se concentrer à un seul endroit. Et pour moi, qui n'avais connu que l'orgasme pénien, cette découverte a été comme découvrir une nouvelle couleur.
Ce gode ne "remplaçait" rien. Il m'ouvrait quelque chose.
Ce qui a changé

Beaucoup de choses ont changé après ça. Pas tout d'un coup. Petit à petit.
J'ai appris à connaître mes propres préférences - ce que j'aime, ce que je n'aime pas, ce qui me fait vibrer. J'ai appris à ne pas me précipiter. J'ai appris que le plaisir n'a pas besoin d'être une performance.
Et surtout, j'ai découvert que le gode et les rapports avec une partenaire ne sont pas en compétition. Ils sont complémentaires.
Une des plus grandes découvertes a été de réaliser que le gode m'a rendu plus à l'aise dans ma sexualité partagée. Parce que j'ai pu guider ma partenaire - connaître mes angles, mon rythme, mes préférences.
Je me souviens avoir pensé :
"Si je pouvais parler au mec qui n'osait pas acheter un gode, je lui dirais : ce n'est pas une question d'être assez 'homme'. C'est une question d'être assez curieux."
Un conseil aux mecs qui hésitent
Si je pouvais vous laisser un seul conseil, ce serait celui-ci : vous n'êtes pas seuls.
Des mecs comme vous, comme moi, ils sont des milliers. Ils ont eu les mêmes doutes. Ils ont eu les mêmes peurs. Et ils ont découvert que, de l'autre côté, il n'y avait pas de jugement, pas de honte - juste une nouvelle manière de connaître leur corps.
Vous n'avez pas à en parler à vos potes. Vous n'avez pas à en faire un "événement". Vous pouvez juste essayer, en silence, pour vous. Et voir ce que ça fait.
La prostate est une partie de votre corps. Elle existe. Elle fonctionne. Elle peut vous donner du plaisir. Pourquoi s'en priver ?
Le gode ne fait pas de vous un "autre" homme. Il fait de vous un homme qui explore. Et ça, ça n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle. Ça a tout à voir avec le courage de se connaître.
Maintenant, je sais
Aujourd'hui, ce gode ne me fait plus peur. Il fait partie de ma vie, comme un rappel que mon corps m'appartient.
Je ne l'utilise pas tous les jours. Parfois je l'utilise beaucoup. Parfois je ne l'utilise pas du tout. Mais il est là, comme un rappel que j'ai fait un choix pour moi, et que j'avais le droit de le faire.
Si vous lisez ces lignes et que vous vous retrouvez dans mes hésitations, je voulais vous dire : vous n'êtes pas seul.
Vous n'avez pas à acheter un gode si vous n'en voulez pas. Mais si vous en voulez un - je vous promets que ça vaut le coup d'essayer. Prenez votre temps. Renseignez-vous. Et quand vous serez prêt·e, faites le premier pas.
Ce pas que j'ai fait un soir, sans savoir où il me mènerait, m'a mené ici. Et je ne regrette rien.
Références
Journal of Sexual Medicine - Utilisation des sextoys et bien-être sexuel
ELLE - Le plaisir solo, un acte d'empowerment
Sustory - Des godes conçus pour le confort et la sécurité




