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Gode et féminisme : pourquoi le plaisir solo est un acte politique

Gode et féminisme : pourquoi le plaisir solo est un acte politique

“Un gode, c'est pour celles qui n'ont pas d'homme.” “Si tu as un compagnon, pourquoi aurais-tu besoin d'un jouet ?”

Ces phrases, vous les avez peut-être déjà entendues - ou même pensées. Elles reposent sur une idée tacite : le plaisir féminin serait secondaire, ou pire, dépendant de la présence masculine.

Détrompez-vous. Le plaisir solo n'est pas un “plan B” pour les soirées solitaires. C'est un acte d'autonomie, une réappropriation du corps, et oui - un geste politique.

L'orgasm gap : le plaisir féminin, parent pauvre de la sexualité hétérosexuelle

Pour comprendre pourquoi le plaisir solo est si subversif, il faut d'abord mesurer l'injustice. Une étude de 2017 publiée dans Archives of Sexual Behavior montre que seulement 65 % des femmes hétérosexuelles atteignent toujours l'orgasme lors d'un rapport, contre 95 % des hommes[citation:4]. Une étude de 2025 confirme : lors de 566 rapports analysés, les hommes ont atteint l'orgasme dans 90 % des cas, les femmes dans seulement 54 %[citation:9].

Pourquoi un tel fossé ? La pénétration vaginale, érigée en “plat principal” de la sexualité, n'est pas ce qui stimule le plus efficacement le clitoris[citation:4]. L'idée que le plaisir féminin serait un bonus, et non un dû, est si profondément ancrée qu'elle semble “normale”[citation:4][citation:14].

En revanche, les femmes lesbiennes atteignent l'orgasme 86 % du temps, et les femmes seules par masturbation bien plus souvent qu'avec un partenaire[citation:14]. Ce que ces chiffres révèlent, c'est que l'écart orgasmique n'est pas biologique - il est culturel[citation:14].

Le gode comme outil de réappropriation du plaisir

Contre cette culture qui priorise le plaisir masculin, le gode est une arme de réappropriation massive. Il permet à une femme d'être l'actrice de son propre plaisir, sans attendre qu'on le lui donne.

Dans la sexualité hétérosexuelle, le plaisir féminin est souvent perçu comme un “à-côté”. Les préliminaires sont définis comme ce qui précède l'acte - et cet acte, c'est la pénétration, centrée sur l'homme[citation:4]. Sara Hébert, co-éditrice de Caresses magiques, résume : “Je dis toujours à mes partenaires que, pour moi, une relation sexuelle, ce n'est pas une entrée, un plat principal et un dessert. C'est plutôt des tapas”[citation:4].

Le gode bouleverse cette hiérarchie. Il dit : mon plaisir n'a pas besoin de passer par un pénis pour être légitime. Il n'est pas un “remplacement” - il est une affirmation.

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Betty Dodson : la pionnière du plaisir solo comme libération

Dans les années 1970, une sexologue new-yorkaise nommée Betty Dodson a posé les bases de ce que nous appelons aujourd'hui le sex-positivisme. Son pamphlet Liberating Masturbation: A Meditation on Self-Love (1974) était une déclaration de guerre à la honte qui entoure la masturbation féminine[citation:2][citation:7].

Dodson organisait des ateliers “Bodysex” où des femmes se réunissaient nues pour explorer ensemble le plaisir solo. Elle brandissait des vibromasseurs en public - un geste alors perçu comme choquant, aujourd'hui comme visionnaire[citation:2].

Sa philosophie est simple mais radicale : si vous ne savez pas vous faire plaisir vous-même, comment pourriez-vous guider un partenaire ? La connaissance de son corps n'est pas un luxe - c'est la base de toute sexualité épanouie[citation:12].

Dodson est aujourd'hui reconnue comme une figure majeure du féminisme de la deuxième vague. Et son héritage perdure : elle est apparue dans la série Netflix de Gwyneth Paltrow, a été immortalisée dans Broad City, et a fait l'objet d'un portrait élogieux dans le New York Times[citation:2].

Le gode, entre subversion et récupération capitaliste

Il faut être honnête : le marché des sextoys n'est pas intrinsèquement féministe. Une étude récente montre qu'il n'y a pas de corrélation automatique entre identification féministe et possession de sextoys[citation:5]. Et certains modèles, en reproduisant les codes de la sexualité hétéronormative (pénétration = acte central), peuvent finalement renforcer le modèle qu'ils prétendent dépasser[citation:5].

Comme le notent Hanson et Brooks dans leur analyse sociologique des sextoys, “plutôt que de défamiliariser les normes sexuelles et d'encourager des scripts sexuels expansifs, de nombreux sextoys réifient le sexe pénétratif, en couple, hétéronormatif”[citation:5].

Mais ce constat ne doit pas occulter une réalité : l'outil, entre les mains de celle qui l'utilise, peut devenir subversif. Ce n'est pas le gode qui est féministe - c'est l'usage qu'on en fait.

Lorsque vous utilisez un gode en solo, vous refusez le scénario où le plaisir féminin est une option. Vous affirmez que votre corps vous appartient. Et cela, aucune stratégie marketing ne peut le récupérer.

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Pourquoi le plaisir solo est un acte politique

Récapitulons :

- Parce qu'il brise le script hétéronormé. Le gode fait de vous l'actrice principale de votre plaisir.

- Parce qu'il combat l'orgasm gap. Il vous donne les moyens d'atteindre ce que la pénétration seule ne vous donne pas toujours.

- Parce qu'il réhabilite le clitoris. Pendant des siècles, on nous a appris que le plaisir féminin passait par la pénétration. Le gode (et surtout, son usage éclairé) remet les choses à leur place.

- Parce qu'il normalise le fait que le plaisir n'a pas besoin de témoin. Il est valable en soi, pour soi.

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“Le plaisir solitaire ne vient pas du vide laissé par l'homme, mais du désir de la femme de s'affranchir du corps de l'homme”[citation:3]

Cette citation, issue d'une analyse de l'œuvre de Calixthe Beyala, capture l'essence de ce geste politique : il ne s'agit pas de remplacer un homme par un objet. Il s'agit de ne pas avoir besoin de l'homme pour accéder à son propre plaisir.

Le gode, un symbole de liberté

Le gode ne rend pas féministe par magie. Mais il peut être un symbole - et un outil - de libération. Il permet à celles qui l'utilisent de dire : mon plaisir m'appartient. Je ne le dois à personne. Il n'est pas secondaire, il n'est pas facultatif. Il est le mien.

Comme le dit si bien l'autrice et militante Lauren Bastide : “Vivre seule par choix, c'est un geste politique”[citation:13]. On pourrait ajouter : jouir seule par choix, c'est aussi un geste politique.

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Références

Signs: Journal of Women in Culture and Society - Pedagogy, Politics, and Betty Dodson's Liberating Masturbation (2023)
Thèse HAL - Écriture du plaisir solitaire au féminin
Radio-Canada - L'écart orgasmique, un fossé à combler pour l'égalité au lit
Sage Journals - Whither A Sociology of Sex Toys? (2025)
ELLE - Les raisons de l'orgasm gap (2025)
SKYN - Parvenir à la parité de l'orgasme


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