Gode transgenre & non-binaire : au-delà des cases
Sur la plupart des sites de sextoys, deux menus s'affichent en haut : « pour elle », « pour lui ». Et puis voilà. C'est bien rangé, c'est clair, c'est… excluant. Pour les personnes trans, non-binaires, ou simplement en dehors de la case « classique », ces deux rayons racontent à peu prèszéro de leur vie.
Cet article est pour vous - celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans le binaire marketing de l'industrie du plaisir. Et avant qu'on se lance, un petit mot : on ne va pas vous « éduquer ». Vous savez mieux que personne ce qui vous fait du bien. Ici, on partage juste quelques réflexions, quelques sources sérieuses, et pas mal d'humour, parce qu'un sujet aussi sérieux mérite d'être respiré un peu.
Trois mythes à poser sur la table (puis à ranger)
Mythe n°1 : « Il y a des sextoys pour hommes et des sextoys pour femmes. »
Cette classification a un avantage : elle simplifie la vie des marketeurs. Elle a un défaut : elle simplifie trop celle des humains.
Quelques exemples pour faire bouger les lignes :
- Une femme trans peut prendre un plaisir fou à la stimulation prostatique - et ça ne fait pas d'elle un « mauvais homme ».
- Un homme trans peut adorer la pénétration vaginale par sextoy - et ça ne fait pas de lui une « mauvaise femme ».
- Une personne non-binaire peut naviguer entre mille pratiques différentes - et aucune réponse n'est plus « valide » qu'une autre.
L'OMS Europe le rappelle régulièrement : la santé sexuelle, c'est un état de bien-être global. Ça ne rentre pas dans deux cases.
Mythe n°2 : « Genre = anatomie = type de jouet. »
C'est le vieil héritage du binaire médical du XXe siècle. Il est officiellement à la retraite depuis quelques décennies.
Le WPATH (World Professional Association for Transgender Health) - Standards of Care v8, qui fait référence mondiale, sépare clairementidentité de genre, expression de genre, et anatomie. Trois choses différentes. Votre jouet préféré n'est pas un troisième bulletin de vote.
Mythe n°3 : « Un gode, c'est forcément un pénis en plastique. »
Le motgode, étymologiquement, renvoie à une forme phallique. Mais dans la vraie vie, les sextoys prennent toutes les formes : courbes, abstraites, sculpturales, ergonomiques, parfois franchement géométriques. Aucune ne « joue » un rôle de genre.
C'est pour ça qu'on va alterner dans cet article entre gode, jouet d'insertion, stimulateur, accessoire intime - comme on respire par le nez ou par la bouche. L'idée, c'est de desserrer l'étiquette.

Pourquoi le vocabulaire mérite qu'on s'y attarde
Le pouvoir des mots, sans en faire trop
Dans les communautés LGBTQ+ anglophones, on parle déjà de strap-on, pack-and-play, packer, toy for penetration - autant de termes qui décrivent un usage, pas un propriétaire. Le français suit ce mouvement, doucement, à travers des expressions comme« jouet de pénétration » ou « accessoire intime ».
Et concrètement, ça change quoi ?
Le vocabulaire qu'on utilise pour parler de son corps change la manière dont on l'habite. Pour une personne trans ou non-binaire, redéfinir les mots, c'est déjà redéfinir le rapport à soi. Ce n'est pas un détail. C'est un petit acte de souveraineté quotidienne.
« Le langage n'est pas un outil neutre : il peut être une prison ou une libération. Pouvoir nommer son plaisir sans passer par le filtre d'une catégorie imposée, ça fait partie du chemin vers l'appropriation de soi. »
- The Fenway Institute, ressources LGBTQ+ en santé sexuelle.
Pour les femmes transgenres : bien plus qu'un jouet
Explorer, se reconnaître, se confirmer
Pour certaines femmes trans, l'utilisation d'un gode dépasse largement le plaisir brut. Elle peut s'inscrire dans un processus d'affirmation de genre : tenir, choisir, orienter un objet phallique, c'est parfoisrenforcer le rapport à la masculinité que vous portez en vous. Sans rien de « performé » là-dedans. Juste un dialogue intime avec votre identité.
En couple, trois fonctions courantes
- Offrir une présence visuelle et tactile qui correspond au scénario que vous voulez explorer.
- Jouer un rôle actif que vous vous autorisez pleinement.
- Apaiser une dysphorie de genre dans certaines configurations - en proposant un rapport au corps où vous vous sentez à votre place, plutôt qu'en décalage.
Ce n'est pas un caprice. Ce n'est pas un jeu de rôle. C'est une dimension reconnue de la sexualité trans, documentée dans plusieurs manuels de santé LGBTQ+.
Trois points de vigilance pour choisir (sans pression)
- Longueur et diamètre : à adapter au corps de la ou du partenaire - sans rapport avec la féminité.
- Compatibilité harnais : si vous voulez utiliser un harnais, privilégiez une base évasée, pensée pour ça.
- Matière : silicone médical hypoallergénique, comme pour tout le monde. Aucune distinction à faire.
Pour les hommes transgenres : ni substitut, ni pis-aller
Trois usages fréquents
Les hommes trans (FtM) abordent le gode avec des besoins très variés - et c'est tant mieux.
- Usage A - « pack-and-play » : un jouet qui peut se porter au quotidien (packer) et s'utiliser en contexte intime. Pour celles et ceux qui veulent un seul objet pour deux vies.
- Usage B - affirmation de rôle : pour certains FtM, la pénétration active par sextoy est un vecteur d'affirmation de genre - un moyen d'habiter un rôle actif dans l'intimité.
- Usage C - avant ou après une chirurgie génitale : avant une phalloplastie, après une metoïdioplastie, ou sans projet chirurgical, le jouet peut être un outil précieux pour explorer votre corps tel qu'il est aujourd'hui - ni en deçà, ni au-delà.
Un petit mot important
Même après une metoïdioplastie (chirurgie de libération clitoridienne), tout le monde n'obtient pas une longueur permettant la pénétration vaginale standard. Ce n'est pas un échec. Ce n'est pas une limitation « à compenser ». C'est une réalité anatomique diverse, dans laquelle le jouet s'inscrit naturellement comme un outil complémentaire - jamais comme un pis-aller.
Psychologie : pas de « bonne manière » d'être un homme trans
Tous les FtM ne ressentent pas le besoin d'un rôle actif. Certains préfèrent être pénétrés - et c'est parfaitement valide. Aucune pratique ne « confirme » ou « infirme » la masculinité d'un homme trans. Le WPATH insiste : l'identité de genre ne se mesure pas à travers les pratiques sexuelles.

Pour les personnes non-binaires et genderqueer : sortir du cadre, complètement
« Non-binaire » ne veut pas dire « entre les deux »
Le non-binarisme, ce n'est pas un curseur à mi-chemin entre homme et femme. C'est un refus du cadre binaire lui-même. Cela inclut - entre autres - les personnes genderqueer, genderfluid, agender, bigender, demigirl, demiboy. Chaque parcours est différent. Aucune de ces identités ne « devrait » pratiquer d'une certaine manière.
Une palette d'usages, entièrement ouverte
Une personne non-binaire AMAB (assignée homme à la naissance) peut, selon son jour, son humeur, son ou sa partenaire :
- Utiliser un stimulateur prostatique - pour explorer une forme de réceptivité, parfois en rupture avec les stéréotypes masculins.
- Utiliser un gode avec harnais - pour offrir une présence pénétrante, sans que ça « fasse » de vous un homme.
- Utiliser un petit stimulateur externe, à mi-chemin entre le godemichet et le vibromasseur - un entre-deux formel qui n'existe nulle part dans le binaire.
- Ne rien utiliser du tout - et c'est, là aussi, parfaitement cohérent.

Le cas des personnes genderfluid
Pour les personnes dont l'identitéfluctue dans le temps, le rapport au corps peut lui aussi fluctuer : ce qui fait sens un mardi ne fait plus sens un vendredi. C'est pourquoi la flexibilité du vocabulaire, du matériel, des scénarios, est particulièrement importante pour ce public. Rien n'est figé. Tout peut être revisité, sans justification à fournir.
En couple : la carte intime des personnes trans et non-binaires
« Ajouter plutôt que corriger », mais avec une vigilance en plus
Le cadre de notre précédent article - ajouter, ne jamais corriger - reste pertinent. Mais avec une vigilance supplémentaire : dans un couple où l'un·e des partenaires est trans ou non-binaire, le rapport au corps peut être traversé par ce qu'on appelle la dysphorie de genre - un sentiment d'inadéquation profonde entre le corps vécu et l'identité ressentie. Certaines pratiques, certains mots, certaines zones du corps peuvent déclencher cette dysphorie. D'autres, au contraire, l'apaisent.
Déclencheurs vs préférences : la distinction clé
- Déclencheurs : pratiques, mots, gestes qui peuvent provoquer une dysphorie ou un malaise profond. Non négociables, à respecter strictement.
- Préférences : choix personnels qui peuvent se discuter, s'expérimenter, évoluer. Ouverts au dialogue.
La première étape, avant toute introduction d'un gode dans un couple, est de demander - explicitement - où se situe la frontière. Et de la respecter, sans la négocier.
Une check-list de conversation (à adapter, pas à subir)
- ✅ Quels prénoms et pronoms utiliser, y compris en contexte intime ?
- ✅ Quelles zones du corps sont sources de confort, lesquelles sont à éviter ?
- ✅ Le sextoy, tel qu'on l'imagine, va-t-il soulager ou renforcer une éventuelle dysphorie ?
- ✅ Existe-t-il des scénarios ou des mots qui déclenchent un inconfort profond ?
- ✅ Comment faire pour que l'un·e puisse dire « stop » en pleine séance, sans que ce soit un drame ?
Cette check-list n'est pas un formulaire administratif à remplir. C'est un point de départ, à adapter à chaque couple, à chaque histoire, à chaque langue commune qui s'invente entre deux personnes.
Quelques ressources fiables (parce qu'on ne devrait pas chercher seul·e)
- L'Inter-LGBT - fédération française LGBTQ+, qui regroupe plus de 60 associations.
- MAG Jeunes LGBT - pour les jeunes LGBTQ+ et leurs proches.
- Santé Publique France - santé des personnes LGBT.
- IFOP - enquête sur les personnes LGBTQ+ en France.
- WPATH Standards of Care v8 - référence médicale internationale.

Vos questions, nos réponses
Une femme trans peut-elle utiliser un gode ?
Oui, bien sûr. C'est même une pratique courante, documentée dans la littérature LGBTQ+. Ça ne change rien à sa féminité, à son parcours de transition, ou à la légitimité de son identité.
Utiliser un gode rend-il un homme trans « plus masculin » ?
Non. La masculinité ne se mesure ni par les pratiques, ni par les objets. Un homme trans qui utilise - ou n'utilise pas - un gode reste un homme. Point.
Les personnes ayant eu une chirurgie génitale ont-elles encore besoin de sextoys ?
Oui, souvent. Les sextoys ne « remplacent » pas un organe : ils ouvrent des possibles. Après phalloplastie, après metoïdioplastie, ou sans chirurgie, les jouets restent un outil précieux - pour soi, pour le couple, pour l'exploration.
Comment une personne non-binaire choisit-elle un jouet qui lui correspond ?
En commençant par trois questions simples : qu'est-ce que je veux ressentir ?, qu'est-ce que je veux donner à voir ?, qu'est-ce qui m'apaise plutôt que de me déclencher ?. Le reste - taille, forme, couleur - suit ces trois réponses, et non l'inverse.
Je suis un·e partenaire cisgenre hétérosexuel·le. Comment soutenir mon/ma partenaire trans ?
En posant des questions, en écoutant les réponses, en acceptant les hésitations, et en laissant de la place au doute. Aucune bonne intention ne remplace l'écoute. Et le plus grand soutien, souvent, c'est de ne pas mettre la pression sur la « bonne réponse ».
J'ai un rapport complexe à mon corps (dysphorie). Comment en parler à mon/ma partenaire ?
En commençant par ce qui est le plus facile à dire. Une phrase toute simple - « il y a des jours où cette partie de mon corps est difficile pour moi » - ouvre déjà la porte. Le partenaire idéal, ce n'est pas celui qui devine. C'est celui qui accueille ce qui est dit.
Ce qui compte, ce n'est pas le produit
On aurait pu finir cet article en vous recommandant un modèle, une marque, une matière. On ne le fera pas. Parce que le vrai sujet n'est pas là.
Le vrai sujet, c'est que vous n'avez pas à vous glisser dans une case pour mériter du plaisir. Que votre corps, tel qu'il est aujourd'hui, mérite d'être écouté, respecté, et accompagné. Que les outils que vous choisissez - un gode, un stimulateur, un accessoire intime, ou rien du tout - sont au service de votre autonomie, pas d'une conformité à un genre.
Chez Sustory, on ne prétend pas avoir résolu l'inclusivité - on n'en est même pas à la moitié du chemin. Mais on s'engage à continuer de poser les bonnes questions, à écouter les bonnes personnes, et àproposer des objets qui ne vous assignent à rien. Si vous avez des retours, des critiques, ou simplement envie d'échanger : notre équipe vous lit, vraiment.
Vous êtes les bienvenus, dans toutes les configurations que vous êtes. 🌿






