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Qu'est-ce qu'un gode ? Définition, histoire et idées reçues

Qu'est-ce qu'un gode ? Définition, histoire et idées reçues

Vous avez pensé "c'est quoi exactement un gode ?" sans oser le demander ? Vous n'êtes pas seul·e. Selon une enquête IFOP de 2022, près d'un tiers des Français·es possèdent ou ont déjà utilisé un sextoy. Pourtant, le mot "gode" reste entouré de gêne et de malentendus.

Aujourd'hui, nous commençons par le commencement. Sans jugement, sans tabou. Ce que vous allez lire ici, c'est une conversation entre amis : claire, bienveillante et factuelle. Nous allons voir ensemble ce qu'est vraiment un gode, d'où il vient, et pourquoi certaines idées reçues méritent qu'on les range aux oubliettes.

Définition : c'est quoi exactement un gode ?

Un gode (ou godemichet) est un objet conçu pour être inséré dans le corps - vagin, anus ou bouche - dans le but de procurer du plaisir. Sa caractéristique principale, c'est sa forme : généralement allongée, elle peut être réaliste (imiter un pénis) ou totalement abstraite (lisse, courbée, double, ergonomique). Contrairement à ce qu'on croit souvent, un gode n'a pas besoin de ressembler à un pénis pour être efficace ou agréable.

La grande confusion vient souvent de la comparaison avec le vibromasseur. Un gode classique ne vibre pas. Sa magie, elle est ailleurs : dans sa courbe, son poids, sa matière, la sensation de remplissage qu'il procure. Vous êtes aux commandes - vous seul·e décidez du rythme, de l'angle et de la profondeur. Un vibromasseur, lui, utilise les vibrations pour stimuler (souvent le clitoris ou le point G), avec ou sans pénétration. Et bien sûr, il existe des godes vibrants : dans ce cas, l'objet est à la fois un gode et un vibromasseur.

Et le plug anal dans tout ça ? C'est un type particulier de gode, spécialement conçu pour l'anus. Sa forme est conique (plus étroit à l'extrémité, puis plus large), et il possède toujours une base élargie - indispensable pour éviter qu'il ne disparaisse entièrement à l'intérieur. Tous les plugs anaux sont des godes, mais tous les godes ne sont pas adaptés à l'anus. Cette distinction n'est pas un détail technique : un gode classique sans base large ne doit jamais être utilisé par voie anale, car il pourrait glisser complètement et nécessiter une visite aux urgences.

En une phrase : un gode est conçu pour la pénétration. Les vibrations sont une option, pas une obligation. La sécurité dépend de la forme et de la matière, pas du prix.

Une histoire vieille de 28 000 ans (oui, vraiment)

Beaucoup de gens imaginent que le gode est une invention récente, liée à la libération sexuelle des années 1970. Détrompez-vous. Des archéologues ont découvert en Europe des objets en pierre polie, taillés en forme de phallus, datant du Paléolithique supérieur - soit environ 28 000 ans avant notre ère. On ne sait pas avec certitude s'ils étaient utilisés pour le plaisir, pour des rituels de fertilité ou les deux. Mais une chose est sûre : l'idée de créer des outils pour interagir intimement avec son corps est aussi ancienne que l'humanité elle-même.

Faisons un bond rapide à travers les époques.

Dans la Grèce antique, on utilisait des olisboi - des godes en cuir ou en bois, souvent trempés dans l'eau de mer avant usage (un lubrifiant naturel, avant l'heure). Les vases grecs montrent clairement ces objets dans des scènes du quotidien, parfois mythologiques. Ce qui est frappant, c'est que les textes de l'époque mentionnent des femmes fabriquant elles-mêmes leurs olisboi avec du pain rassis ou du cuir cousu. À cette époque, le plaisir féminin auto-procuré n'était pas encore devenu un scandale moral.

Sous l'Empire romain, les choses sont similaires. Le poète Martial en parle dans ses épigrammes avec un mélange d'humour et de provocation. Mais tout bascule avec l'essor du christianisme. Au Moyen Âge, l'Église interdit officiellement les godes - preuve qu'ils étaient assez répandus pour qu'on prenne la peine de les condamner. Les manuels de confession de l'époque conseillent aux prêtres de demander aux pénitents s'ils ont utilisé "cet objet", et la réponse typique était d'observer s'ils faisaient des rêves dits "impurs". L'interdit n'a pas fait disparaître les godes, il les a simplement poussés dans la clandestinité.

À la Renaissance, le gode refait surface sous un déguisement médical. La médecine européenne de l'époque croit que l'utérus des femmes peut "vagabonder" dans le corps, provoquant anxiété, insomnie et ce qu'on appelle l'"hystérie". Le traitement prescrit ? Un "massage pelvien" pratiqué par un médecin ou une sage-femme, menant à une "crise hystérique" - ce qu'on appelle aujourd'hui un orgasme. Les objets insérés étaient donc légitimés par la médecine, même si c'était évidemment une manière paternaliste de contrôler le corps des femmes.

Le XIXᵉ siècle marque un tournant technologique : l'invention du caoutchouc vulcanisé permet de fabriquer les premiers godes "modernes", moins fragiles et produits en série. Mais le contexte moral victorien (en Angleterre comme aux États-Unis) est ultra-conservateur. Les godes sont vendus sous le manteau, dans des catalogues postaux au langage codé : "massager pour dames" ou "vibrateur de santé" sont des euphémismes courants.

La vraie révolution a lieu dans les années 1960-1970 avec la libération sexuelle portée par les mouvements féministes. Le slogan "notre plaisir nous appartient" fait son chemin. Dans les années 1970, les premiers godes en silicone médical apparaissent aux États-Unis. C'est une avancée majeure : le silicone est sans phtalates, non poreux, facile à stériliser, et son toucher est agréablement proche de la peau humaine. Le gode cesse d'être un "objet interlope" pour devenir un produit de bien-être comme un autre.

Aujourd'hui, selon le rapport Statista de 2023, le marché européen du sextoy dépasse 1,5 milliard d'euros, et la France est le troisième marché du continent. Les boutiques spécialisées poussent du Marais à Lyon, et même certaines grandes surfaces et parapharmacies vendent des godes et vibromasseurs en libre-service. D'après une étude de l'ANSES (2021), 38 % des femmes françaises de 18-69 ans ont déjà utilisé un sextoy - et le gode fait partie des produits les plus vendus.

Un autre chiffre clé vient de Santé Publique France (2020) : 14 % des hommes français ont déjà utilisé un jouet anal. C'était moins de 5 % cinq ans plus tôt. Le gode n'est plus un "secret féminin", il devient un outil d'exploration pour tous les corps, toutes les orientations sexuelles.

Du côté réglementaire, l'Union européenne a adopté en 2019 la norme NF EN 17072, qui interdit formellement les phtalates et autres plastifiants toxiques dans les sextoys. En France, un gode acheté dans un circuit normal est donc soumis aux mêmes exigences de sécurité qu'une tétine pour bébé. Fini le temps des "gelées" bon marché qui sentent le plastique et contiennent des perturbateurs endocriniens.

Idées reçues : on démêle le vrai du faux

"Un gode, c'est pour les personnes qui n'ont pas de partenaire."

C'est probablement l'idée reçue la plus courante - et la plus blessante, car elle sous-entend que si vous avez un·e partenaire et que vous utilisez un jouet, c'est que vous ne vous suffisez pas. Pourtant, une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine (2017) montre l'inverse : les couples qui utilisent des sextoys ensemble déclarent une satisfaction sexuelle plus élevée. Le gode n'est pas un "remplacement", c'est un partenaire d'exploration. De nombreux couples l'utilisent pour varier les angles, les profondeurs, ou créer des jeux à deux mains (l'un tient, l'autre guide). L'introduire dans sa vie à deux, ce n'est pas un aveu d'insuffisance - c'est un signe de complicité et de curiosité partagée.

"Seuls les hommes homosexuels utilisent des godes."

Cette idée a la vie dure, et elle est complètement fausse. La prostate (souvent appelée point P) est l'une des zones les plus sensibles du corps masculin. Elle se trouve à 4-5 cm à l'intérieur de l'anus, contre la paroi antérieure. Un petit gode courbé peut l'atteindre avec une précision qu'aucun pénis ne peut égaler. L'orgasme prostatique est très différent de l'orgasme pénien : beaucoup le décrivent comme une vague qui part du bassin et irradie dans tout le corps, plus longue et plus profonde. Des hommes hétérosexuels utilisent des godes pour explorer ce plaisir, et ils sont de plus en plus nombreux. Les 14 % de l'enquête Santé Publique France incluent majoritairement des hommes qui se déclarent hétérosexuels. Vous n'avez pas à remettre votre orientation en question pour avoir envie d'explorer votre propre corps.

"Utiliser un gode rend moins sensible ou accro."

Rien dans la littérature scientifique ne soutient cette idée. Le système nerveux ne "s'habitue" pas au silicone au point de perdre sa sensibilité. Ce qui peut arriver, c'est une préférence temporaire après une série de jeux avec un même outil - exactement comme quand vous mangez tous les jours de la cuisine chinoise et que vous avez envie d'autre chose au bout d'une semaine. Faire une pause de deux ou trois jours suffit à retrouver toute sa sensibilité. Beaucoup d'utilisateurs témoignent même que le gode leur a appris à mieux connaître leurs zones érogènes, ce qui rend leur sexualité sans jouet plus riche et plus précise.

"Un gode doit obligatoirement ressembler à un pénis pour être efficace."

C'est un pur conditionnement marketing. Les godes les plus vendus dans les boutiques spécialisées ne sont pas des copies réalistes de pénis. Les formes abstraites, lisses, courbées, doubles ou ergonomiques sont souvent bien plus efficaces. Pourquoi ? Parce que le point G (chez les personnes avec un vagin) n'est pas droit. Il se trouve sur la paroi antérieure, à environ 3-5 cm de l'entrée, et il répond mieux à une courbe douce dirigée vers le haut qu'à un objet rigide et rectiligne. De même, la prostate a besoin d'une pression orientée vers le nombril - une légère courbure est idéale. Ne vous fiez pas aux apparences : la forme qui fait du bien n'est pas forcément celle qui ressemble à un pénis.

"Les godes sont interdits à la vente en France."

Non, mille fois non. Les sextoys sont parfaitement légaux en France. N'importe quelle personne majeure peut acheter, posséder et utiliser un gode sans aucun risque juridique. La seule interdiction concerne les objets qui imitent les organes génitaux d'un mineur - ce qui n'a rien à voir - ou ceux déguisés en armes pour tromper la douane. La CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) autorise même les sites de sextoys à collecter des données clients (âge, préférences) tant qu'ils respectent le RGPD. Vous pouvez acheter un gode en boutique à Paris, sur Amazon ou dans certaines pharmacies - en toute légalité. L'emballage discret et le paiement anonyme que proposent certains marchands sont des services, pas des cache-sexe d'une activité clandestine.

"Un gode, c'est dangereux, ça peut blesser."

Les accidents avec un gode sont extrêmement rares quand on respecte trois règles basiques. La quasi-totalité des incidents qu'on voit aux urgences concerne des objets qui n'étaient pas des godes : des légumes (concombres, carottes), des bouteilles en verre, des manches à balai. Sans base large, sans matière adaptée, sans lubrifiant - bien sûr que c'est dangereux. À l'inverse, un gode en silicone médical, avec des bords lisses, utilisé avec beaucoup de lubrifiant à base d'eau (nous y reviendrons), ne présente quasiment aucun risque. Pour vous donner une idée, vos doigts non lavés portent bien plus de bactéries qu'un gode en silicone nettoyé correctement à l'eau savonneuse. La question n'est pas "est-ce que c'est dangereux ?", mais "est-ce que je sais bien m'en servir ?". Et c'est justement ce que nous allons vous apprendre dans les prochains articles.

"Seules les femmes utilisent des godes."

Ce cliché a la vie dure, mais la réalité le dément. Nous avons déjà parlé des hommes utilisant des godes pour la prostate. Ajoutons à cela les couples en période de grossesse (quand la pénétration vaginale classique devient inconfortable), les personnes en situation de handicap qui trouvent dans le gode un outil adapté, les personnes transgenres ou non-binaires qui explorent leur corps. Le gode n'a pas de genre. Coller une étiquette "femme uniquement" sur cet objet, c'est non seulement inexact, mais c'est aussi une manière de limiter l'imaginaire du plaisir.

Alors, c'est quoi un gode ? Et surtout, ce n'est pas quoi ?

Un gode, c'est un objet de forme allongée, fabriqué dans une matière adaptée au corps humain (silicone médical, verre, acier inoxydable), conçu pour la pénétration et la recherche du plaisir.

Ce n'est pas :
- un symbole de honte ou de perversion
- un "remplacement" pour les personnes sans partenaire
- un objet réservé à une orientation sexuelle particulière
- un produit illégal (au contraire, il est encadré par des normes européennes)
- un outil intrinsèquement dangereux (l'usage irresponsable l'est, pas l'objet lui-même)

C'est :
- un outil que vous pouvez utiliser seul·e ou à plusieurs
- un compagnon d'exploration pour mieux connaître votre corps
- un objet du quotidien, aussi banal qu'une bougie de massage ou qu'une balle de yoga
- un produit commercial soumis aux mêmes exigences de sécurité qu'une tétine

Au fond, un gode n'est ni plus ni moins qu'un instrument de bien-être. Il est là pour vous aider à prendre du plaisir, à expérimenter des sensations que votre corps est capable de ressentir, avec ou sans partenaire. La seule mauvaise raison d'utiliser un gode, ce serait de se forcer. Et la seule mauvaise raison de ne pas en utiliser, ce serait d'avoir peur d'un jugement qui n'existe que dans la tête des autres.

Explorer son corps, ses courbes, ses zones sensibles - c'est un droit. Le gode n'est qu'un chemin possible parmi d'autres. Ce que nous vous souhaitons, c'est de choisir en connaissance de cause, sans honte et sans pression.

Références

IFOP - "Les Français et les sextoys" (2022)
Statista - European sex toys market report (2023)
ANSES - Santé sexuelle en France (2021)
Santé Publique France - Enquête sur les pratiques sexuelles (2020)
Journal of Sexual Medicine - "Couples and sex toy use" (2017)
NF EN 17072 - Norme européenne pour les sextoys

Sustory - Le bon gode, du premier coup.


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